Pourquoi le sourire de la Joconde est-il si mystérieux?



Le sourire de la Joconde est certainement l’un des sujets qui a fait couler le plus d’encre sur la planète. Tout le monde s’est penché sur ce mystère : des critiques d’art, des cars de Japonais, mais aussi des médecins.

Ainsi Charles Bell, un Américain du XIXe siècle, a “découvert” que Mona Lisa montrait des signes évidents d’une paralysie faciale périphérique…

The Mona Lisa (or La Joconde, La Gioconda).

On a aussi parlé de syphilis, de problèmes de foie, voire de stress post-traumatique. Car le fond du problème, avant même de déterminer la cause de son sourire, c’est que l’on n’arrive pas à se mettre d’accord pour savoir si effectivement oui ou non elle sourit… Son expression est ambiguë.

Une chercheuse, américaine elle aussi, Margaret Livingstone, neurologue à Harvard, a déterminé que notre système de vision est responsable de ces atermoiements.
Observons. Lorsque nous regardons le haut du visage, que nous fixons Mona Lisa dans les yeux, les ombres du reste du visage sont perçues par notre vision périphérique qui croit alors déceler un sourire. Mais lorsque nous regardons directement les lèvres, nous ne le voyons plus vraiment. Car nous faisons alors appel à la région centrale de la vision, celle qui s’attache aux détails et aux couleurs.

C’est bien la technique de Léonard de Vinci qui induit l’hésitation. Ce fameux “sfumato” vient d’être étudié de près. Grâce au spectromètre à rayons X, il a été possible de l’analyser sans faire de prélèvements de peinture. Philippe Walter, directeur du Laboratoire du centre de recherches des Musées de France, explique la technique du peintre : “Il a superposé plusieurs couches, et notamment pour faire les ombres, cet effet qui va donner le sourire, le relief du visage… une technique que l’on appelle le glacis.” Il note aussi que les couches de peinture successives sont d’une finesse extrême, à tel point que l’on ne parvient pas à voir la trace du pinceau.

A noter que la Joconde est parmi les premiers modèles de l’histoire de la peinture à sourire (même en coin). André Malraux avait une bonne intuition : “La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts”.

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