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La Gay life est ouverte en permanence

Deux ans après avoir réalisé l’inégal Bleu Noir avec Moby, Archive et Red One, Mylène Farmer retrouve son acolyte de toujours : Laurent Boutonnat.

Pour l’occasion, elle accroche de nouveaux records à son tableau de chasse : un treizième single n°1 avec À l’ombre (elle détient le record de singles n°1 en France depuis son cinquième en 2008), une tournée marathon de 540 000 places sur 38 dates en France, Belgique, Suisse, Russie et Biélo-Russie dont une majorité sont entièrement ou quasi complètes, 155 911 billets vendus en six heures, 189 734 dans la journée (elle détenait le record depuis 2008 avec 100 000 billets pour la première journée), dix Bercy mis en vente dont six complets en quelques jours (elle est celle qui se produit le plus longtemps dans cette salle de 17 000 places : 13 fois en 2006 pour un concert qui ne sera transporté nulle part ailleurs, 10 fois l’année prochaine), meilleur démarrage de l’année pour la première journée et la première semaine avec 148 000 exemplaires, devançant ainsi Céline Dion, Les Enfoirés et Johnny Hallyday…

Bref, la star n’a pas raté son retour. Mais que valent vraiment ces retrouvailles avec l’homme qui a taillé certains des plus gros tubes français (Libertine, Sans Contrefaçon, Pourvu qu’elles soient douces, Ainsi soit je, Désenchantée, XXL, Rêver, Les mots, C’est une belle journée…) et qui semble s’essouffler un peu ces derniers temps ?

Pour le clip d’À l’ombre, esthétiquement très réussi, Laurent Boutonnat revient derrière la caméra,

inspiré par la Transfiguration d’Olivier de Sagazan.

J’avoue avoir eu un peu peur avec les deux inédits du best of l’année dernière. Si Du temps était dans l’air du temps avec son effusion de synthés, Sois-moi/Be me reste la plus mauvaise chanson de sa carrière, ringarde à mort, au refrain taillé chez Britney Spears. Le premier extrait de l’album ne m’avait pas non plus convaincu comme auparavant (Sans contrefaçon, Désenchantée, XXL, L’âme-stram-gram, Fuck them all, Dégénération et Oui… mais non remplissaient infiniment mieux leur rôle de lead single). À l’ombredébute par une ligne de synthé affreusement daté, à la limite de l’inécoutable, qui court sur toute la chanson, le texte est une caricature des textes farmeriens et la mélodie ne casse pas des briques. À force d’écoutes, surtout au sein de l’album et avec casque, le titre prend plus d’ampleur et le synthé sait se faire oublier après ses premières secondes de solitude. Mais il faut un certain temps avant de s’habituer, un temps que le grand public ne prend pas la peine de prendre. À force, le titre devient même bon, voire très bon (toujours en éjectant le synthé du début).

Ne vous inquiétez pas : pour d’autres titres, c’est dès la première écoute que l’on accroche (ou pas). Laurent Boutonnat n’a pas pu s’empêcher de caser d’autres sonorités incompréhensiblement datées dans l’album (J’ai essayé de vivre et À force de notamment), et de foutre du synthé partout, jusque dans les deux seules vraies balades de l’album (Quand et Je te dis tout). Vraiment dommage qu’un compositeur qui a su faire preuve de tant de talent par le passé se mette aujourd’hui à suivre une mode qu’il ne maitrise pas tout à fait. Certains titres sont parfaitement réussis, mais d’autres semblent figés dans les années 80 et 90, comme si le tandem nous proposait des titres enregistrés pour les précédents albums et finalement écartés au moment de la production.

De plus, certains arrangements semblent tout droit repris d’autres morceaux de Mylène Farmer et d’Alizée lorsque cette dernière était produite par le tandem. Vous retrouverez les arrangements de Elle a dit et Ici-bas sur nombre de titres des deux chanteuses, les accords de J’ai essayé de vivre sur Paradis inanimé, la mélodie de certaines phrases du refrain de Monkey Me sur Youpidou d’Alizée, les choeurs de Nuit d’hiver basés sur la mélodie des refrains de Hey ! Amigo ! d’Alizée, l’intro de Tu ne le dis pas est la même que celle d’À contre-courant d’Alizée avec un instrument différent, les choeurs de Love Dancesont calqués sur ceux de Papa m’aime pas de Mélissa Mars, et je ne dois pas tout avoir remarqué…

Deuxième point négatif, et pas des moindres : les textes de Mylène. Connue autant pour son image sulfureuse que ses textes magnifiques, cette année, elle ne s’est pas foulée :

« La la la la la / If you say so / La la la la la / Won’t let me go / La la la la la / Lupo lupo / Mon meli melo / Meli melo / La la la la la //

Do you love me / Love me do / Me do love you / Me too !/ You me love do / Love me do you / Dis… Love me ? //

Doux est le fou / Des fossettes / à genoux, ga… / …lipettes / De la chance, l’en… / …tre nous / Est immense »

dans Love Dance

« Délivrez-moi / Tap ta da / Je suis pas là / Suis pas de ce monde //

Si je suis sans guidon / Et j’y suis / Et ben… je me vautre //

Là / C’est un autre moi / C’est monkey me / C’est monkey me / L’animal là / Je manque ici / Je manque ici / De facéties… »

dans Monkey Me

C’est ce qui me déçoit le plus dans ce nouvel album. Des « dis », des « moi », des « toi », des « là », des phrases qui se répètent d’un titre à l’autre, en veux-tu, en voilà. La ringardise de certains arrangements peut être mise sur le compte d’une volonté de faire avec son temps, sans savoir le faire. Mais les textes de Mylène Farmer, vraiment, je ne vois aucune excuse recevable. C’est effarant tantôt de banalité, tantôt de médiocrité.

Après ces deux gros points noirs, passons au positif : la voix de Mylène est toujours juste, mieux mise en avant, même si elle utilise un peu souvent « l’étirage de voix » (cf. À l’ombre, Elle a dit, À force de, Tu ne le dis pas, J’ai essayé de vivre), quelques incartades dans les graves sont présentes. De ce côté, c’est réussi.

Les mélodies sont très souvent accrocheuses, là-dessus le tandem n’a pas perdu la main. Il n’y a à mon sens pas vraiment de tube à la DésenchantéeSans Contrefaçon ou C’est dans l’air, mais l’album a du potentiel (Elle a dit, Tu ne le dis pas,À force de…). Du côté des balades, certains risquent de rester sur leur faim car l’album est, à l’image de Point de Suture  en 2008, indéniablement taillé pour la scène : seulement deux balades et demi pour douze titres. Mais celles-ci raviront les amateurs. Je ne suis pas particulièrement fan de Quand, mais il faut reconnaître qu’elle est jolie. Un peu trop épurée à mon goût.Je te dis toutest la merveille de l’album. Piano old school qui me fait penser à du Brel, du Barbara, ou du Aznavour, auquel s’ajoutera une batterie diaboliquement magnifique qui fait penser à Avant que l’ombre… et Si j’avais au moins… : ça sent le final à plein nez ! De même que Nuit d’hiver, sorte d’extended remix club de Chloé (assez réussi, même si les chœurs sont un copier-coller des refrains deHey ! Amigo !, chanson créée pour Alizée en 2003) vingt-cinq ans après, sent l’intro de concert à plein nez ! La demi-balade qui reste, c’est A-t-on jamais, un titre qui ne ressemble guère au reste de la discographie de la chanteuse. Des envolées d’ « alléluia » dans des refrains puissants, des chœurs de toute beauté que vient malheureusement gâcher une fin trop courte et frustrante.

Du bon et du mauvais, que je vais tenter de résumer plus clairement :

– Laurent Boutonnat tente de se renouveler musicalement mais a un peu de mal à entrer dans la modernité. Le résultat est parfois cruellement daté.

– Mylène Farmer a perdu sa plume renversante de beauté. Où sont passés les textes de Je t’aime mélancolie, Je te rends ton amour, Fuck them all, Avant que l’ombre…? Textes cheap sont au programme dans Monkey Me.

– Depuis l’album Bleu noir où sa voix a été mieux mise en avant par Moby et Archive, la chanteuse semble vouloir poursuivre l’expérience. On l’entend mieux, on la comprend mieux, ça ne fait pas de mal (même s’il y a toujours quelques passages où j’ai eu besoin des paroles pour la comprendre).

– Les mélodies sont accrocheuses, comme d’accoutumée, malgré l’absence de gros tubes. Et il y a de l’originalité au niveau des mélodies (A-t-on jamais,À force de, J’ai essayé de vivre…). Excepté le ridiculeLove Dance et le banal Monkey Me.

– Un point qu’il ne me semble pas avoir évoqué : le cas Henry Neu. Le designer attitré de la star est toujours là, pour notre plus grand malheur. Qu’est-ce que c’est que cette pochette du single À l’ombre ? Ces textes pas dans l’ordre, ces fautes, ces doubles espaces, dans le livret ? Du travail d’amateur.

Au final, je pense que Monkey Me aurait pu être un excellent album, faisant la part belle à la dance et à la pop, mais il souffre de deux problèmes majeurs qui l’en empêchent : les arrangements et les textes. En tout cas, ça ne semble pas gêner la grande majorité des fans, qui adorent et placent même le banalMonkey Me en tête de leurs chansons préférées de ce neuvième album studio. Je pense qu’il prendra une ampleur plus importante sur scène, à condition que de bons choix soient faits pour la setlist. Quatre étoiles sur cinq parc que, quand même, ça fait du bien d’entendre de nouvelles chansons de Mylène Farmer et que les points positifs ont tendance à primer sur ceux négatifs chez quelqu’un qu’on aime.

Si vous voulez vous faire une idée et vérifier que Mylène Farmer est toujours au top (ou presque), écoutez en priorité Tu ne le dis pas, A-t-on jamais et Je te dis tout.

Et n’hésitez pas à partager votre opinion !

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