Les signes de la depression



Comment détecter les signes d’une dépression nerveuse? Qu’est-ce qui la différencie d’un petit coup de blues ou d’un simple passage à vide? Voici les signes qui ne trompent pas.

S’il est normal de se sentir parfois triste, même abattu, il faut en revanche s’inquiéter lorsque cette mélancolie s’installe jusqu’à devenir un obstacle à la vie de tous les jours. Lorsque la simple perspective de se lever le matin paraît insurmontable, que les larmes se mettent à couler sans raison et que les idées noires se bousculent, alors il s’agit peut-être d’une dépression.

19% des Français vivront un jour une dépression
La dépression est l’une des maladies psychiques les plus répandues dans le monde. Selon une enquête réalisée en 2005 par l’Institut National de la Prévention et de l’Education pour la Santé (INPES), près de 8% des français de 15 à 75 ans (soit près de 3 millions de personnes) ont vécu une dépression au cours des douze derniers mois précédant l’enquête et 19% des français de 15 à 75 ans (soit prés de 9 millions de personnes) ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie.

Souvent considérée comme honteuse, parce que traduisant une fragilité peu en phase avec les valeurs de performance vantées par la société, la dépression nerveuse est malheureusement souvent mal diagnostiquée ou sous-estimée. Pourtant, elle nécessite un accompagnement psychologique, voire médicamenteux quand la souffrance est trop lourde, explique la psychanalyste Laura Gélin. Cette dernière nous liste les symptômes qui doivent absolument alerter, sachant, explique-t-elle, “que la dépression peut revêtir plusieurs visages en fonction des personnes qui en sont atteintes”.

Un grand sentiment de tristesse
Etre en dépression, ce n’est pas seulement avoir un petit coup de cafard, mais bien éprouver “un sentiment de vide”, explique Laura Gélin. Une impression que décrit bien Isabelle, qui a souffert d’un épisode dépressif il y a deux ans: “Il me semblait tomber dans un puits sans fond, que j’étais seule, que l’univers était hostile et que je ne pouvais pas lutter”.

Une perte d’intérêt pour les plaisirs quotidiens
“Les sources habituelles de plaisir ne suscitent plus aucun intérêt, ce qui faisait du bien laisse indifférent”, observe Laura Gélin. “Moi qui adorais prendre mon café le matin en terrasse, qui aimait aller à des concerts, j’ai peu à peu perdu le goût de tout”, raconte Julien. “En fait, la notion même de jouissance disparaît”, se souvient Isabelle, “on se souvient de cette sensation, mais on n’arrive plus à l’éprouver”. Ce désintérêt touche également la libido, la plupart du temps “inexistante” pour Isabelle lors de sa dépression.

Des troubles de l’appétit
“Les troubles de l’appétit peuvent se manifester par une perte de poids, parce qu’on ne voit plus l’intérêt de manger, ou au contraire par des kilos en plus, parce que la nourriture devient un réconfort, indique Laura Gélin. “La seule chose qui calmait un peu mes angoisses, c’était de manger du chocolat, des gâteaux, n’importe quoi de sucré. J’ai pris 10 kilos en six mois, confie Isabelle. Anaïs, au contraire, qui sort tout juste d'”un long tunnel dépressif”, “a fondu”: “je ne me rendais même plus compte que je ne mangeais pas et je n’avais jamais faim”.

Des troubles du sommeil
Là aussi, le sommeil peut être impacté de manières différentes, détaille Laura Gélin. “Pour certains, dormir représente un refuge, un moyen de fuir la réalité. Mais c’est un sommeil qui n’est pas réparateur. La fatigue est là, en permanence, malgré les journées au lit.” D’autres personnes, poursuit la psychanalyste, se réveillent plusieurs fois par nuit, ou encore très tôt le matin.

Modification de l’activité
“Alors que j’étais super active, voire hyper-active, du jour au lendemain j’ai perdu toute énergie, j’ai cessé de m’investir au boulot et à la maison. Moi qui suis du genre à ne pas supporter le désordre, je ne rangeais plus rien”, raconte Anaïs. “Une fois encore, il n’y a pas un seul schéma. On peut observer une léthargie ou à l’inverse une agitation excessive”, commente Laura Gélin. “En la matière, trop et trop peu se rejoignent.”

Un ralentissement de la pensée
“La dépression peut causer une difficulté à réfléchir, à se concentrer, à avoir les idées claires”. En cause, la fatigue, le manque de sommeil, mais aussi la baisse des neurostransmetteurs comme la dopamine et la sérotonine. Julien, journaliste, se souvient ainsi avoir commencé à prendre son mal-être au sérieux après avoir constaté qu’il n’arrivait plus à écrire ses articles: “Je ne trouvais plus mes mots, et je perdais le fil lors de mes interviews, comme si j’étais au ralenti.”

Une perte d’estime de soi
“Il s’agit là d’une conséquence de la dépression plutôt que d’un signe”, analyse Laura Gélin. “La dépression reste souvent mal perçue par l’entourage et d’une manière générale par la société, d’où une certaine culpabilité et une perte d’estime de soi.”

Des idées noires
“C’est en cela que la dépression, la vraie, diffère d’une déprime et représente un véritable danger pour la personne qui en souffre”, explique la psychologue. Isabelle confie en effet à demi-mots avoir pensé “au pire”. Julien, s’il assure n’avoir jamais envisagé de se suicider, concède “des pensées très sombres, la crainte de ne plus jamais éprouver de la joie, de perdre son travail, de ne jamais guérir.”

Une grande fatigue inexpliquée
“Je ne me suis jamais sentie aussi fatiguée”, raconte Anaïs. J’ai pensé d’ailleurs dans un premier temps avoir une maladie incurable et il a vraiment fallu que mon médecin me fasse passer tous les examens pour que je finisse par admettre que c’était dans ma tête.

Des manifestations somatiques
“Parfois, la dépression est insidieuse. C’est alors l’inconscient qui parle à travers des symptômes physiques: maux de tête, douleurs au dos, problèmes digestifs”, décrit Laura Gélin. Isabelle a pour sa part souffert de crampes d’estomac, “de boule dans la gorge en permanence”. “La dépression peut aussi diminuer les défenses immunitaires”, ajoute Laura Gélin.

Apprendre à mieux se connaître…
“Il est dommage de constater que les traitements de la dépression se résument souvent à l’administration d’antidépresseurs, certes parfois indispensables, souvent dans le cas de dépressifs chroniques, mais qui étouffent en quelque sorte les émotions et ne permettent pas forcément de donner du sens à ce qui est un symptôme”, regrette Laura Gélin. Selon elle, “on peut aussi, grâce à la thérapie, essayer de chercher ce que signifie un tel épisode, de comprendre pourquoi cela nous arrive. Trouver ce sens peut avoir pour effet la disparition définitive de ces symptômes. C’est un voyage douloureux, qui peut être long, mais c’est aussi la promesse de la découverte de soi, assure la psychanalyste. Et d’alerter: “Si l’on se contente des antidépresseurs, les rechutes sont plus probables, parce qu’on a supprimé le symptôme mais pas la cause.”

Journaliste, Caroline Franc Desages est également auteur du blog Pensées by Caro


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