Couple : vivre ensemble ou séparément ?



Ils s’aiment mais préfèrent la liberté de se voir. Entre indépendance revendiquée et avenir incertain, ces relations hors normes sont-elles vraiment viables? Analyse et témoignages.

“Chez toi ou chez moi?”. Malgré les apparences, le texto envoyé ce mardi soir par Marc, 28 ans, n’est pas destiné à un inconnu rencontré sur Tinder mais bien à Oscar, son compagnon. Ensemble depuis quatre ans, ils vivent séparément. “On adore ce mode de vie! On navigue entre nos deux appartements sans aucun problème”, assure Marc. Le jeune couple est loin d’être un cas isolé.

Selon les derniers chiffres publiés par l’Insee, 2,8 millions des 32 millions de personnes déclarant être engagées dans une relation ne partageraient pas le même foyer. “On les appelle les ‘couples non cohabitants’ ou ‘living apart together'”, éclaire la sociologue Laura Merla, auteure de l’ouvrage Distances et Liens (éd. L’Harmattan). “Cette tendance correspond à une profonde mutation relationnelle”, complète Marine Salama, psychologue spécialiste du couple. “Le modèle de l’amour fusionnel n’est plus forcément celui qui fait rêver. Ce que l’on désire désormais? Être célibataires…mais à deux, à la recherche de toujours plus d’autonomie.”

Lisser les aspérités du quotidien

“On a tous les deux des rythmes intenses, un travail et des amis. Il est hors de question de renoncer à tout ça. Résultat, on se voit en fonction de nos disponibilités mais surtout de nos envies”, reprend Marc qui tient farouchement à son “indépendance”. “J’aime regarder Game of Thrones jusqu’à 3h du matin et laisser traîner ma vaisselle sale sans subir récriminations et remontrances. La vie à deux m’apparaît trop souvent comme un arbitrage pointilleux entre ce que l’on veut et ce que l’autre attend”, renchérit Oscar.

Lisser les aspérités du quotidien, éliminer le prosaïque pour ne partager que le plaisir d’être ensemble: si la démarche de Marc et Oscar semble avant tout traduire un besoin de liberté inextinguible, elle pose néanmoins la question de l’individualisme dans le couple. En effet, en refusant de partager contraintes et autres tracas, le couple, ici à mille lieux de la formule consacrée “pour le meilleur et pour le pire”, fait-il vraiment couple? ”

En couple, on doit donner quelque chose de soi, de son intimité à la fois physique et psychique”, souligne Robert Neuburger, psychiatre et auteur de Les territoires de l’intime (éd. Odile Jacob). “Ceux qui ne vivent pas ensemble ont souvent du mal à matérialiser leur relation. Finalement, quand chacun gère sa vie séparément, comme il l’entend, que reste-t-il?”, interroge le psychiatre.

 



L’ère de la réalisation de soi
Une question que ne se pose pas Patrick. À 52 ans, cet juriste se dit “épanoui”. Depuis 11 ans, il partage la vie de Paul. Une relation sereine, apaisée, fondée sur un mode de vie bien huilé: “On se retrouve les mardi, vendredi, samedi et dimanche”, égrène-t-il tranquillement. “Ce rituel peut paraître extrêmement routinier, voire rébarbatif mais à notre âge on se plaît à ce rythme régulier, on trouve notre équilibre dans cette alternance de moments seul et à deux.”

Susciter le manque et le désir
Plus encore, pour Patrick et Paul, il s’agit de susciter le manque et le désir afin de réactiver en permanence la notion de consentement. La présence de l’autre n’est jamais acquise ou subie. C’est l’envie qui est notre moteur, pas le fait de partager un appartement. Il y a même une forme de romantisme à se séparer, un peu comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir”, ajoute rêveusement Paul.

Cette vision fantasmée d’une relation idyllique dissimule pourtant bien souvent la peur d’une nouvelle déception. “En vivant chacun chez soi, on accepte d’être toujours un peu en marge”, reconnaît sans mal Patrick. “On se protège surtout de la peur d’être déçu, de se tromper, d’avoir mal à nouveau.” Une stratégie d’évitement plutôt judicieuse pour Robert Neuburger: “Plutôt que de se lancer dans une recomposition familiale compliquée ou de s’imposer un schéma de vie par conformisme, ces couples de quinquas compartimentent leurs vies. L’important, c’est avant tout de construire son propre modèle de bonheur à deux”, martèle-t-il.

“On vit comme des adolescents, sans projets ni avenir”
Si pour certains ne pas vivre sous le même toit ressemble à une éternelle lune de miel, pour d’autres, l’expérience est plus mitigée. Ensemble depuis cinq ans, Arthur et Sophie naviguent à vue. Après avoir vanté les charmes de cette vie en pointillé, cette commerciale de 35 ans commence à trouver le temps long et à déplorer le manque d’engagement de son conjoint. “Il ne faut pas se leurrer, on vit comme des adolescents, sans projets ni avenir”, soupire-t-elle. “Je n’en peux plus de l’incertitude, de ces allers-retours incessants, de cet argent dépensé pour une maison vide la moitié du temps”.

Plus encore, Sophie souhaite à présent s’installer et fonder un foyer. Réfractaire, Arthur semble quant à lui incapable de se projeter. Entre attentes déçues et frustration naissante, comment alors réinventer son couple? “Il est absolument nécessaire de parler de son malaise très rapidement”, préconise la psychologue Marine Salama. Robert Neuburger estime lui “qu’une période de crise est toujours salutaire. Il faut parfois savoir rebattre les cartes pour mieux avancer ensemble, changer de mode de fonctionnement si l’ancien ne marche plus”.



De la qualité du temps passé ensemble
Il ne s’agit alors pas de normaliser à tout prix sa relation mais de la faire évoluer sereinement en considérant ses envies et ses désirs profonds. Parce qu’au delà d’un conformisme de façade et des interrogations que suscitent encore ce nouveau mode de vie se pose avant tout la question du bonheur à deux.

“Il n’y a pas de ‘bonne formule'”, conclut Robert Neuburger. L’essentiel pour un couple, “c’est le temps que l’on passe ensemble et sa qualité. Beaucoup vivent ensemble mais ne consacrent pas réellement de temps à leur histoire. Ils la délaissent et elle finit par partir à vau-l’eau”, conclut Robert Neuburger.

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