Nombreux sont ceux qui fréquentaient les lieux de rencontres comme les saunas avant leur fermeture en raison de la pandémie. Comment vivent-ils leurs rencontres aujourd’hui et qu’est-ce qu’il leur manque le plus ?

Les cruisings et les saunas font partie de notre façon d’appréhender notre sexualité. Ils ont toujours été des lieux où on prenait plaisir à se rencontrer.

Aujourd’hui, ils sont tous fermés, certains de nos témoins sont désemparés. Miguel (33 ans, de Paris) avait son rituel : « Tous les dimanches à 17 heures, je fonçais dans mon sauna préféré du XXe arrondissement. J’y avais mes habitudes. J’aimais boire mon thé à la menthe en papotant avec le serveur. Je connaissais beaucoup de clients « intimement » ou pas. J’aimais cette convivialité. Je m’y sentais en pleine sécurité. Prêt d’ailleurs à toutes les audaces… »

C’est la même chose pour Paul (52 ans, de Marseille), habitué d’un sauna marseillais : « C’est l’endroit où j’allais pour me vider la tête… Je trouve qu’en fait, il ne reste plus vraiment beaucoup de lieux où on se retrouve entre gays. Surtout en régions. Je râlais beaucoup sur ce sauna. C’est vraiment un signe qu’il était important pour moi. J’avais l’impression que toutes les différences sociales disparaissaient quand je mettais ma petite serviette… » Et puis le premier confinement est arrivé… Et malgré la réouverture limitée de quelques établissements cet été, leurs portes sont à nouveau closes.

« Je raconte ma vie sur les applis… »

Miguel est retourné sur les applications de rencontres : « Moi qui évitais ce genre de drague, je me suis rendu à l’évidence. Si je voulais rencontrer des mecs, il fallait que je me connecte. Ça ne marche pas des masses pour moi car je drague sur les applis comme je drague dans mon sauna adoré. Je raconte ma vie. Et les mecs s’en foutent un peu. Au sauna, on n’a pas besoin de passer des heures à se vendre. Il suffit qu’on s’imagine avoir un plan avec un mec à l’entrée d’une cabine et tout est naturel, que ça marche ou pas… »

C’est un peu la même chose pour Jean-Michel (44 ans, de Saint-Etienne) : « Une caresse sur un avant-bras poilu dans un sex-club est souvent plus parlante que des discussions qui durent des heures sur les applis, un regard intense raconte plus de chose que des mensurations envoyées sur un tchat ! Mais heureusement que les applis sont là aujourd’hui… »

« Le porno, c’est pas pareil… »

Paul a l’impression de s’être complètement enfermé dans une peur irrationnelle : « C’est peut-être le discours ambiant qui fait ça, mais j’ai réellement peur d’avoir un plan. J’ai bien eu une occasion cet été, mais le mec était aussi flippé que moi : on a fait un plan avec un masque ! Du coup, je me suis rabattu sur le porno et je me fais plaisir tout seul. C’est un peu dingue. Mais le porno, c’est pas pareil… » Éric (54 ans, de Cannes) est un peu dans la même situation : « J’ai essayé de draguer sur les applis. Mais quand un mec m’a proposé de le rejoindre à la seule condition que je fasse un test PCR, j’ai cru que j’hallucinais. Le problème avec le porno que je consomme énormément, c’est qu’il me manque le contact, les baisers, les caresses que j’avais très facilement dans mon sex-club. Je peux l’avouer, je suis vraiment frustré. »

Prendre les choses en main

D’autres ont décidé de prendre leur sexualité en main, différemment. David (29 ans, de Paris) ne veut pas que la situation sanitaire lui empêche d’avoir une activité sexuelle : « Avant le premier confinement, j’allais deux fois par semaine au sauna. Même si j’ai un peu ralenti ma consommation, je continue les plans. Je connais le risque. Si j’arrêtais mes plans, je crois que je finirais en dépression. Le mot est fort, je sais, mais ma sexualité est importante. Trop importante pour que je gâche ces moments qui sont vitaux. Et quand on sera tous vacciné, je retournerai au sauna pour faire l’amour, comme pour exorciser cette année vraiment angoissante. »

Cyril (36 ans, de Bordeaux) a fait un pari en mars : « J’avais un plan régulier que je voyais une fois par semaine dans un cruising. Il était célibataire, moi aussi. Quand l’annonce du confinement est tombée, on a décidé tous les deux de s’enfermer ensemble chez lui. Comme pour dire qu’on emmenait notre « bordel » à la maison. On a passé deux mois de folie sexuelle. Je suis retourné chez moi et quinze jours après, mon plan m’a appelé pour qu’on parte en vacances ensemble… On a écumé tous les cruisings des Canaries ! Et en rentrant, on a décidé de vivre ensemble. Le sexe est le plus fort ! Pas de porno, pas d’applis, on est resté virtuellement dans notre sex-club ! »

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